Věra Chytilová 1929 - 2014

Photo du défunt
Věra Chytilová ♀️
Né(e) le :
samedi 2 février 1929
Décédé(e) le :
mercredi 12 mars 2014
Ville nais. :
Ostrava
Pays nais. :
Tchéquie
Ville décès :
Prague
Pays de décès :
Tchéquie
zodiaque :
Poissons
Age :
85 ans, 1 mois, 10 jours
Né(e) il y a :
97 ans, 13 jours
Décédé depuis :
11 ans, 11 mois, 3 jours

Věra Chytilová, née Věra Štěpánková le 2 février 1929 à Ostrava, reste l'une des figures les plus audacieuses et intransigeantes du cinéma mondial. Issue d'une famille catholique stricte, elle a d'abord entamé des études d'architecture avant de tout plaquer pour devenir clapman, puis assistante de production aux studios Barrandov. Ce passage par l'architecture a profondément marqué sa vision de l'espace cinématographique, qu'elle traitait souvent comme une structure à déconstruire plutôt qu'un simple décor.

Elle intègre l'Académie du film de Prague (FAMU) à une époque charnière, devenant la seule femme admise dans la prestigieuse filière de réalisation aux côtés de futurs grands noms comme Miloš Forman. Son talent explose dès ses premiers courts-métrages, où elle impose déjà un style provocateur, refusant les conventions narratives classiques du réalisme socialiste imposé par le régime. Pour elle, le cinéma n'était pas un divertissement, mais une arme de réflexion critique.

Le sommet de son art est atteint en 1966 avec le chef-d'œuvre anarchique Les Petites Marguerites (Sedmikrásky). À travers les aventures de deux jeunes femmes décidant d'être "aussi corrompues que le monde qui les entoure", Chytilová livre une explosion visuelle de couleurs, de collages et de destruction symbolique. Le film est une attaque frontale contre l'ordre établi, ce qui lui vaut d'être interdit par les autorités tchèques, officiellement pour le "gaspillage de nourriture" montré à l'écran.

Après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie en 1968, sa carrière subit un coup d'arrêt brutal. Contrairement à beaucoup de ses collègues qui choisissent l'exil, elle décide de rester au pays. Interdite de tournage pendant plusieurs années, elle doit se battre contre la censure bureaucratique, allant jusqu'à écrire une lettre ouverte au président Gustav Husák pour réclamer son droit au travail au nom de la liberté artistique.

Elle finit par reprendre la caméra dans les années 70 et 80 avec des films comme Le Jeu de la pomme ou Le Bouffon et la Reine. Bien que surveillée, elle parvient à glisser des critiques acerbes sur la moralité et l'hypocrisie de la société communiste sous couvert de comédies de mœurs ou de drames psychologiques. Sa caméra, toujours nerveuse et expérimentale, ne s'est jamais adoucie avec l'âge.

Féministe sans jamais vraiment revendiquer l'étiquette, elle explorait la condition féminine avec une lucidité parfois cruelle, refusant toute forme de sentimentalité. Ses personnages féminins n'étaient pas des victimes, mais des forces de la nature, souvent imprévisibles et indomptables. Elle exigeait de ses acteurs et de ses techniciens la même rigueur quasi tyrannique qu'elle s'imposait à elle-même, cherchant sans cesse la vérité derrière les apparences.

Après la Révolution de Velours en 1989, elle continue de réaliser et d'enseigner à la FAMU, transmettant sa passion et son intransigeance aux nouvelles générations. Elle observe le passage au capitalisme avec le même œil critique, dénonçant la vulgarité commerciale et la perte de valeurs spirituelles dans ses derniers films. Elle est restée, jusqu'au bout, la "Grande Dame du cinéma tchèque", respectée autant pour son génie visuel que pour son courage politique.

Věra Chytilová s'est éteinte le 12 mars 2014 à Prague, entourée de sa famille. Elle a été inhumée dans le cimetière d'Olšany (Olšanské hřbitovy) à Prague, un lieu qui rassemble de nombreuses personnalités culturelles du pays. Sa sépulture est à l'image de sa vie : ancrée dans la terre tchèque qu'elle a refusé de quitter, malgré les tempêtes de l'histoire.